Un pick-up électrique peut sembler une aberration pour certains défenseurs de l'environnement, mais pour les Américains, c'est en électrifiant ce genre de gros véhicules qu'on fera des avancées dans la lutte contre le changement climatique.

Les pick-ups ont pourtant besoin de batteries plus importantes, gonflant ainsi l'empreinte carbone de leur fabrication. Elles sont aussi plus lourdes et consomment donc plus d'énergie, un problème tant que l'électricité n'est pas 100 % renouvelable.

"L'impact carbone d'un véhicule électrique augmente quasiment proportionnellement à son poids", a affirmé début octobre l'Agence française de la transition écologique (Ademe).

Mais il faut être pragmatique, répondent les Américains. Les véhicules les plus vendus dans le pays sont les pick-ups F-150 de Ford, Silverado de Chevrolet (General Motors) et Ram (Stellantis), suivis du SUV RAV4 de Toyota.

"C'est l'état actuel du marché américain", observe Luke Tonachel, en charge du programme sur les véhicules propres pour l'association environnementale américaine NRDC. "Et cela ne va pas changer tout de suite". L'essentiel à ses yeux est "d'éliminer la pollution sortant des pots d'échappement de tous les véhicules le plus rapidement possible". Il peut même paraître judicieux de commencer par les plus gros émetteurs dans leur version thermique.

Le président Joe Biden n'a eu aucun scrupule à tester les versions électriques des gros Hummer de General Motors ou du F-150 de Ford lors de visites chez les constructeurs.

2022 Ford F-150 Vue latérale Lightning

Le nouveau Ford F-150 Lightning

Changer les habitudes

Les automobilistes américains se sont habitués aux véhicules "avec des grands coffres et de la hauteur", rappelle Alan Amici du Centre pour la recherche automobile. "Je ne m'attends pas à un retour vers les berlines". Face au repli de la demande pour les petits véhicules, les constructeurs américains ont fortement réduit la voilure sur cette catégorie, préférant les pick-ups et les SUV aux marges plus élevées.

"Les Américains ont un autre rapport à leur voiture que les Européens", souligne Bertrand Rakoto, analyste pour le cabinet Ducker, Français vivant aux États-Unis. "Ils utilisent leur pick-up pour transporter des meubles, pour se divertir en allant chasser ou camper"; avec moins de vacances, "ils partent plus souvent en week-ends"; et "ils évoluent dans de grands espaces". Les publicités montrent souvent ces véhicules roulant hors des routes goudronnées.

Certains automobilistes craignent aussi d'être en danger au volant d'une petite voiture entourée de gros véhicules, plus vulnérable en cas de collision. Même s'ils utilisent principalement leur voiture pour de courts trajets, de nombreux usagers restent par ailleurs réticents face à des voitures qui ne pourraient pas rouler de très longues distances.

Pour General Motors, l'ambition est d'électrifier l'ensemble de la flotte, indique Kristen Siemen, directrice du développement durable du groupe. Le constructeur commercialise actuellement aussi bien une version électrique de son imposant GMC Hummer que de la petite Chevrolet Bolt et a dévoilé récemment celle de son populaire SUV Equinox.

"Nous voulons avoir des produits qui correspondent aux besoins de chaque client", et à toutes les bourses, explique Kristen Siemen.

Chevrolet Bolt

La Chevrolet Bolt 100 % électrique

Des véhicules de plus en plus gros

Les automobilistes qui le souhaitent peuvent se tourner vers les petits modèles électriques proposés sur le marché américain par les constructeurs asiatiques et européens. Reste que les gros véhicules gagnent du terrain partout dans le monde.

Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), environ la moitié des véhicules proposés sur les principaux marchés en 2021 étaient des SUV, bien devant les petits (10 %) et moyens (23 %) modèles. Aux États-Unis, les petits gabarits représentaient seulement 2 % des modèles proposés.

L'évolution générale vers les SUV, est préoccupante, car ils consomment plus d'énergie, fossile ou électrique, remarque Benjamin Stephan, spécialiste des transports pour l'ONG Greenpeace.

"Bien évidemment, un pick-up électrique aura une empreinte carbone et environnementale moins élevée qu'un pick-up à énergie fossile", dit-il. "Mais on peut aussi réduire son empreinte en ayant une voiture plus petite ou pas de voiture du tout".

Les hauts-représentants du secteur automobile "se montrent toujours plus enclins à discuter de nos demandes sur l'accélération de la transition vers l'électrique mais ils ne nous prennent pas au sérieux dès qu'on aborde la question des SUV", remarque le spécialiste. Or, selon lui, si on veut vraiment limiter la hausse des températures, "il faut appuyer sur tous les leviers à notre disposition". (avec AFP)