Des centaines de Bluecar dans un terrain vague, alignées deux par deux par rangées de douze ou treize : certaines ont le capot ouvert, d'autres des vitres cassées, l'intérieur en piteux état ou encore des portières maltraitées. Diffusées au début du mois de mars sur les réseaux sociaux, des photos des citadines ont provoqué des réactions d'indignation, entre crainte pour l'environnement et gâchis écologique notamment.

C'est à Romorantin-Lanthenay, dans le Loir-et-Cher, que sont principalement stockées les anciennes voitures du service d'auto-partage, sur deux sites exploités par Atis Production. Situés dans une zone d'activité en bordure de la cité solognote, les deux lieux n'ont pas la même destination. Un terrain vague accueille des véhicules qui ne sont visiblement pas immédiatement destinés à la vente. Atis Production n'a pas souhaité répondre à l'AFP concernant l'avenir de ces modèles.

En attendant de les voir partir un jour, ces véhicules d'occasion entreposés sans leur batterie ne présentent aucun danger, selon les autorités. "C'est donc un parking de voitures d'occasion comme il en existe plein. Le risque de pollution, une fois que les batteries sont évacuées, est très limité", estimait en 2019 la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement du Centre-Val de Loire (DREAL).

Cimetière Bolloré Bluecar

L'autre site se trouve quelques centaines de mètres plus loin, sur le terrain d'une ancienne usine Matra. Ce parking goudronné accueille notamment un petit atelier destiné au démontage des véhicules hors d'usage. Or, Atis Production ne dispose pas de l'agrément pour cette activité et a été pointé du doigt par la Dreal pour des infractions environnementales mineures.    

Lors d'une inspection "inopinée" en janvier, la DREAL a constaté que "les travaux de remise en conformité [avaient] été réalisés". En revanche, l'exploitant ne dispose toujours pas de l'agrément, après pourtant une première mise en demeure de régularisation de la part de la préfecture du Loir-et-Cher en juillet 2020.

Le trésor de ce site repose sur le gigantesque parking attenant : ce sont les centaines de Bluecar qui s'y trouvent. En meilleur état que celles du terrain vague, celle-ci sont destinées à la revente et appartiennent à la société Autopuzz. Initialement sous-traitant de Bolloré, ce spécialiste des câbles de charge a décidé de changer de braquet en rachetant 2800 voitures lors de l'arrêt des services d'auto-partage à Paris en 2018, puis Lyon et Bordeaux.   

"On a décidé de récupérer quelques véhicules. On s'est rendu compte qu'on était capables de proposer un véhicule électrique à un prix imbattable, à savoir 4990 euros", explique le PDG Guillaume Ramirez, convaincu que le prix a attiré les automobilistes qui hésitaient à passer à l'électrique.    

Avec la prime à la conversion et le bonus écologique cumulable, "certains de nos clients peuvent avoir un véhicule entre un et 990 euros", assure le dirigeant. Si l'autonomie de 250 kilomètres et la durée de vie (20 ans ou 400'000 kilomètres) de la batterie sont des arguments de vente, sa manipulation au quotidien peut toutefois entraîner des difficultés. La batterie LMP doit en effet être maintenue à une température de 60 degrés : pas branchée, elle se décharge, voire s'endommage. "C'est une technologie qu'il faut appréhender", reconnaît Guillaume Ramirez. "C'est vrai qu'il faut prendre l'habitude de rebrancher le véhicule."

Reste que selon Autopuzz, qui estime avoir racheté environ la moitié des Bluecar réformées, la demande est bien là. L'entreprise en vend une cinquantaine par mois et prévoit d'écouler son stock de 800 véhicules avant l'été 2022"On a lancé l'opération il y a un peu plus de deux ans et on va bientôt passer la barre symbolique des 2000 voitures vendues", se réjouit le PDG. Pour l'entreprise morbihannaise, l'opération, jugée "rentable", a rempli son objectif : elle lui a permis de s'installer comme un acteur du marché en plein développement de la voiture électrique... en attendant d'autres projets.