C'est une question qui se pose dans le paddock !

B.V., Paris - "Je pense qu'il ne faudrait pas faire de qualifications et juste prendre l'ordre inverse du championnat, parce que c'est une blague, là !" s'exclamait Jean-Éric Vergne. "J'étais le premier en piste, j'ai été le nettoyeur de piste en chef", déplorait Sam Bird. "Ce système est complètement injuste : le top 5 du championnat est dans le premier groupe, et le premier groupe est une seconde plus lent", dénonçait Lucas di Grassi.

Ces quelques phrases ne sont qu'un exemple des nombreuses plaintes à chaud des pilotes situés dans le top 5 du championnat, qui se retrouvent automatiquement dans le premier groupe des qualifications en Formule E. Cette situation leur complique effectivement la tâche en raison des conditions de piste plus délicates, avec un manque d'adhérence notoire. InsideEVs a donc posé la question à cinq pilotes de premier plan : faut-il encore changer le format des qualifications ?

Encore, car le format a déjà évolué par le passé. Lors des saisons 1 à 3, la composition des groupes était intégralement tirée au sort via un système de loterie. Puis en 2017-18, les groupes correspondaient au classement du championnat, mais l'ordre dans lequel ils prenaient la piste restait soumis au hasard. Cette fois, ce sont immanquablement les leaders qui prennent la piste en premier, tandis que les lanternes rouges concluent la phase de poules avec les meilleures conditions de piste.

"Nous demandions ce changement depuis la saison 2, à la place du tirage au sort, qui était un peu stupide", rappelle Lucas di Grassi, Champion 2015-16, malgré sa tirade précédemment mentionnée. "Ce système est bien meilleur qu'avant."

"Je ne suis pas content personnellement, mais je trouve ça bien pour le championnat. Contrairement à toutes les autres compétitions, au lieu de donner l'avantage aux gars qui sont plus rapides – et les courses sont alors ennuyeuses – c'est bien pour le spectacle que le top 5 soit pénalisé ainsi, et le championnat est plus serré. Aucune autre catégorie sur terre n'a sept vainqueurs différents en sept courses, et c'est seulement grâce au règlement. C'est une conséquence inattendue de la nouvelle règle."

Le fait est que les cinq pilotes du Groupe 1 ont bien souvent des difficultés à tirer son épingle du jeu ; rare sont ceux qui atteignent la Super Pole. Sur les six derniers E-Prix, il est arrivé six fois que l'un de ces concurrents obtienne un top 6 qui le qualifie pour la phase suivante. Autrement dit, à 24 reprises, ces pilotes ont été recalés.

"Je pense que le format de l'an dernier était le meilleur", juge Sam Bird. "On était groupé avec ceux contre qui l'on se battait au championnat, mais le numéro de groupe était tiré au hasard. Je pense que c'était juste : parfois, on était dans le 4, parfois on était dans le 1. Parfois, on avait l'opportunité d'avoir de meilleures chances. Être dans le groupe 1 tout le temps, c'est dur."

Evans s'érige en défenseur du format actuel

La question a également fait débat dans la conférence de presse officielle de l'E-Prix de Paris, où Mitch Evans a tenu à prendre la défense de ce format. "C'est très mitigé parmi tous les pilotes, mais je pense que c'est juste", a déclaré Evans, qui était assis juste à côté d'un Jean-Éric Vergne toujours très critique à ce sujet. "Je sais que certains ne seront pas d'accord."

"J'étais dans le Groupe 1 à Marrakech et à de nombreuses reprises l'an passé. À moins de faire un tirage au sort ou quelque chose du genre… ça ne sera jamais parfait. Avec quatre groupes, il y aura toujours des différences, mais je suis dans le Groupe 1 ce week-end et je ne vais pas pleurnicher si je suis dernier. Enfin, pas trop !"

"Que peut-on faire d'autre ? On ne peut pas faire passer en premier les gars qui sont derniers au championnat, car ça va être un désavantage encore plus grand. A moins de changer le format et d'avoir deux groupes, de diviser le peloton en deux, je pense que ça ne peut pas être plus juste que maintenant."

Et comme s'y attendait le Néo-Zélandais, Vergne n'était pas d'accord, même si le pilote DS Techeetah a adopté un point de vue plus nuancé que par le passé : "Je suis mitigé. En tant que pilote, je trouve ça complètement injuste. On a travaillé dur, on essaie de rejoindre la meilleure équipe et on est pénalisé parce qu'on est à l'avant du championnat et qu'on fait son travail. Je déteste ça, mais à un point !"

"Cela dit, si je prends une perspective plus large, je ne suis pas contre. Même si je devais voter à ce sujet, je ne serais pas contre. En fin de compte, nous sommes là grâce aux fans, aux constructeurs, et c'est une bonne chose. C'est dur pour moi, c'est dur pour nous [pilotes]. Je le comprends. Quand on est dans le Groupe 1, on part loin. À Santiago, j'ai fait le meilleur temps de mon groupe et j'étais [12e], devant les autres de mon groupe. Ça fait partie du jeu."

"Ce que j'aimerais voir, c'est que le chrono soit gelé sous Safety Car [et Full Course Yellow], ce qui rend la course difficile pour l'énergie. OK, on part loin, mais au moins, on peut remonter. Donnez-nous la chance de rebondir ! C'est ça que j'aimerais changer. Les groupes [de qualifications] me vont, c'est bon pour le spectacle."

Au final, le plus pragmatique est certainement le pilote BMW Alexander Sims. "Je ne pense pas que ce soit injuste, c'est simplement la règle du championnat ! Nous nous sommes engagés en sachant quelles étaient les règles. Certaines jouent en notre faveur ou en notre défaveur selon le scénario. C'est un facteur du championnat qui ne me dérange pas", conclut le rookie anglais.