L'objectif : empêcher les pilotes d'attaquer à fond afin de faciliter les dépassements.

La gestion de l'énergie a toujours joué un rôle majeur dans le championnat de Formule E, lequel s'est toutefois atténué cette saison avec l'apparition de la Gen2 (qui fait la course complète avec la même batterie) et d'une nouvelle réglementation.

En effet, les E-Prix durent désormais 45 minutes + 1 tour ; or, cette saison, chacun d'entre eux a été marqué par au moins une intervention de la voiture de sécurité, ce qui permettait aux concurrents d'économiser de l'énergie et d'attaquer à fond par la suite.

Ce contexte est partiellement responsable des accrochages en hausse lors des courses, du moins selon Frédéric Espinos, directeur sportif du championnat tout électrique. Les collisions se sont effectivement multipliées ces derniers temps, au grand dam de Dieter Gass (directeur de la compétition chez Audi) qui a écrit sur sa page Facebook que la Formule E devait "faire attention à ne pas devenir un derby de démolition".

"Je suis tout à fait d'accord avec Dieter Gass", indique Espinos pour InsideEVs. "Nous voulons des courses fair-play, de beaux dépassements et de belles manœuvres. Il est vrai qu'avec la première génération de voitures, dès que l'on se touchait, les monoplaces étaient détruites. Nous avons travaillé pour avoir une voiture plus robuste, et celle-ci l'est peut-être trop."

"C'est bien d'avoir du spectacle, des dépassements et des batailles en piste. C'est ce que nous voulons, mais il est important que ce soit fair-play. Je pense par ailleurs que les pilotes vont se calmer, car tout est très serré [au classement général] et on arrive à un stade crucial du championnat. Ils ne peuvent pas se permettre de perdre du terrain."

"C'est aussi lié à leur comportement en piste. Ils devront trouver l'équilibre au niveau de la prise de risques. C'est aussi lié à la gestion de l'énergie et je pense qu'il faut en retrouver davantage. Le début de la course à Sanya était vraiment intéressant, car ils étaient tous en difficulté dans ce domaine. C'est comme ça que Vergne est parvenu à doubler Rowland, parce qu'il devait gérer son énergie."

"Pour nous, la gestion de l'énergie devrait être au cœur de la Formule E. Peut-être faut-il travailler pour en faire le facteur clé à nouveau. Il y a beaucoup de solutions sur lesquelles nous travaillons, avec la FIA."

La difficulté pour la Formule E est qu'elle n'est, selon Espinos, "jamais en faveur d'un changement de règles en cours de saison". L'intéressé poursuit : "Il y a beaucoup de choses à faire. Nous pourrions modifier la durée des courses. Nous avons beaucoup de Safety Cars et pourrions essayer d'arrêter le chrono pendant une neutralisation. Le but est de tout analyser et de discuter avec la FIA. C'est elle qui fait la réglementation technique et sportive. Je préfère faire les analyses, puis nous trouverons une solution efficace."

Lotterer veut une Gen2 moins robuste

De son côté, André Lotterer appelle à ce que la monoplace soit moins solide afin d'inciter les pilotes à éviter les incidents. Le pilote DS Techeetah a perdu la victoire à l'E-Prix de Hong Kong suite à une collision avec son poursuivant Sam Bird.

"Cela m'a rappelé le karting, quand nous avons commencé à avoir des pare-chocs en plastique qui étaient très solidement fixés", commente l'Allemand à notre micro. "Nous pouvions nous pousser hors de la piste, et c'est devenu un problème très sérieux car les courses n'étaient plus de bonne qualité."

"Puis ils ont interdit cette fixation solide, et quand on touchait quelqu'un, on perdait le pare-chocs. Il fallait alors rentrer au stand pour en avoir un nouveau. Par conséquent, les courses sont devenues bien plus propres, et nous ne nous touchions plus. Ce serait bien d'avoir une situation de ce genre [en FE], car la voiture est conçue de telle manière que les dégâts ne posent pas problème."

Propos recueillis par Gerald Dirnbeck